

Il existe des périodes où tout devient trop lourd.
Ce que nous vivons intérieurement prend tellement de place que nous ne cherchons même plus à comprendre.
Nous voudrions simplement que cela s’arrête.
Que le bruit intérieur s’apaise.
Que le corps cesse de faire mal.
Que les pensées nous laissent tranquilles.
Que la vague redescende enfin.
Dans ces moments-là, nous entendons souvent qu’il faudrait accueillir, comprendre, mettre en lumière, traverser…
Oui.
Mais parfois, nous avons simplement besoin de souffler.
De poser ce que nous sommes en train de vivre quelques minutes, quelques heures ou même une journée, sans chercher obligatoirement à le comprendre, à le transformer ou à lui donner un sens.
Avec les années et les nombreuses traversées que j’ai moi-même vécues, j’ai appris quelque chose d’essentiel :
Prendre de la distance n’est pas toujours fuir.
Parfois, c’est exactement ce dont nous avons besoin pour pouvoir revenir autrement.
Lorsque le corps demande simplement de s’arrêter.
Lorsque je traverse certaines périodes particulièrement intenses, il arrive que mon corps me demande énormément de sommeil.
Je peux dormir une grande partie de la journée, puis encore la nuit.
Alors je dors.
Je ne cherche plus à lutter contre ce besoin ni à me demander tout ce que je pourrais faire pendant ce temps.
Mon corps réclame cet arrêt.
À d’autres moments, c’est différent.
Je me replie davantage sur moi-même. J’ai besoin de silence, d’isolement. Je pleure beaucoup.
Alors je laisse les larmes venir.
Je ne cherche pas nécessairement à les arrêter ni à retrouver immédiatement un état plus lumineux.
J’accueille. Je laisse faire.
Il existe des moments où nous avons moins besoin d’agir que de nous donner le droit de ne pas aller bien pendant quelque temps.
Et puis il y a ceux où rester plongé dans ce que je ressens ne m’aide plus.
C’est là que j’ai appris à faire quelque chose qui pourrait sembler contradictoire avec l’idée même de traverser : je détourne mon attention.
Lorsque le mal-être prend toute la place, comprendre ce qui m’arrive n’est plus ma priorité.
À cet instant, je voudrais seulement ne plus ressentir avec autant d’intensité.
Alors je me désactive momentanément.
Non pas pour nier ce que je vis.
Non pas pour ignorer ce qui demande à être mis en Lumière.
Mais pour offrir à mon esprit un autre endroit où se poser.
Je peux me caler devant une série, prendre mon crochet et commencer ou continuer un pull.
Mes mains travaillent.
Mon attention se déplace.
Mon mental cesse progressivement de tourner autour de mon mal-être.
Je suis très manuelle et faire quelque chose de mes mains m’a toujours beaucoup aidée. Je peux crocheter, cuisiner, créer, travailler. Et parfois, lorsqu’un grand nettoyage s’effectue intérieurement, je ressens spontanément l’élan de faire aussi un grand ménage dans ma maison.
Comme si remettre de l’ordre autour de moi accompagnait ce qui était déjà en train de bouger à l’intérieur.
Pour quelqu’un d’autre, ce sera peut-être dessiner, peindre, bricoler, jardiner, coudre, jouer de la musique, lire, faire un puzzle ou retrouver une passion laissée de côté.
Peu importe finalement ce que nous choisissons.
L’important est peut-être de trouver un refuge qui reste vivant.
Quelque chose qui nous permette momentanément de nous détourner de ce qui nous envahit, sans nous éloigner davantage de nous-même.

Depuis plus de vingt ans que je traverse ces passages, avec des intensités très différentes selon les périodes, j’ai souvent observé le même mécanisme.
Je pourrais le comparer à ce qui se passe lorsque l’on se laisse couler au fond d’une piscine.
Il existe un moment où l’on arrête de lutter.
On descend.
Encore un peu.
Puis les pieds rencontrent enfin le fond.
Et c’est précisément parce que nous avons trouvé ce point d’appui que nous pouvons donner un puissant coup de talon et remonter vers la surface.
Certaines de mes traversées ressemblent à cela.
Je descends.
Je laisse faire.
Puis je prends de la distance.
Je vais chercher ailleurs suffisamment d’air, de douceur ou simplement de distraction pour ne plus être entièrement absorbée par ce que je ressens.
Et lorsque quelque chose en moi a retrouvé suffisamment d’espace, je peux revenir.
Je peux regarder ce qui vient de se passer autrement.
Et parfois replonger volontairement dans ce que j’ai vécu, mais cette fois avec suffisamment de recul pour le mettre en Lumière et accompagner ce qui demande à être transcendé.
Parfois, nous avons besoin d’ignorer momentanément ce que nous traversons pour pouvoir mieux y revenir.
Ce mécanisme, je l’observe également lorsque la traversée ne se manifeste pas uniquement intérieurement.
Il existe des périodes où les douleurs de mon corps deviennent particulièrement violentes.
Et lorsque toute mon attention se fixe sur elles, elles finissent par occuper la totalité de mon espace.
Là encore, je déplace mon attention.
Je me concentre sur autre chose.
La douleur n’est pas niée.
Le corps n’est pas ignoré.
Je cesse simplement, pendant un moment, de donner à ce que je ressens toute la place de ma conscience.
Et j’observe parfois que cette distance permet aussi à mon corps de s’apaiser.
Comme s’il pouvait aller chercher ailleurs une autre ressource que celle qu’il mobilise lorsqu’il lutte continuellement contre ce qu’il ressent.
Revenir vers ce qui apaise
Lorsque tout devient trop intense, j’essaie de revenir le plus possible vers ce qui m’apaise.
J’écoute de la musique.
J’aime profondément les sons de la nature.
Je me relie aux fleurs, à la terrathérapie, aux fleurs de Bach lorsque j’en ressens le besoin.
J’aimerais parfois pouvoir simplement partir marcher longuement, mais mon corps ne me le permet pas actuellement.
Alors j’ai appris à trouver mes ressources autrement, chez moi, avec ce qui m’est accessible aujourd’hui.
Et cela aussi me paraît important.
Nous n’avons pas à adopter les ressources des autres.
Nous avons à découvrir les nôtres.
Qu’est-ce qui m’apaise réellement ?
Qu’est-ce qui occupe suffisamment mes mains ou mon esprit pour m’offrir quelques instants de répit ?
Qu’est-ce qui me relie encore à la beauté ?
Au Vivant ?
À la douceur ?
À quelque chose que j’aime ?
Il n’est pas toujours nécessaire de pouvoir sortir, marcher pendant une heure, partir plusieurs jours ou bouleverser son quotidien.
Parfois, cinq minutes peuvent déjà devenir un refuge.
Parfois, cinq minutes suffisent
Lorsque je travaillais encore en milieu hospitalier, j’ai moi aussi vécu certaines de ces traversées.
Et certaines journées, j’étais tellement mal intérieurement qu’il me fallait simplement m’extraire quelques instants de ce qui m’entourait.
Alors j’allais aux toilettes ou dans la salle d’archive ou même ailleurs où je savais pouvoir être seule.
Je fermais la porte, je m’isolais.
Et pendant cinq minutes, je m’échappais.
Je respirais.
Je laissais mon esprit partir ailleurs.
Puis je retournais travailler.
Rien n’était miraculeusement résolu lorsque je ressortais.
Mais j’avais créé une coupure.
Mon esprit était un peu plus clair et j’avais retrouvé suffisamment d’espace pour continuer ma journée.
Je n’ai jamais culpabilisé d’avoir pris ces cinq minutes sur mon temps de travail.
Parce que je savais qu’elles étaient nécessaires.
Sans elles, certaines journées auraient été beaucoup plus difficiles à traverser.
Nous pensons parfois que nous ne pouvons pas prendre de temps pour nous parce que nous travaillons, parce que nous avons des enfants, des responsabilités, des personnes qui comptent sur nous.
Pourtant, prendre du temps pour soi ne signifie pas nécessairement disposer de plusieurs heures.
Quelques minutes pour respirer, fermer les yeux, écouter une musique ou simplement cesser de répondre aux sollicitations extérieures peuvent déjà créer une coupure.
La ressource n’a pas besoin d’être grande pour devenir un point d’appui.
Et surtout, ne pas culpabiliser
C’est peut-être l’une des choses les plus importantes que j’ai apprises.
Ne pas culpabiliser d’avoir besoin de m’arrêter.
Même si, moi aussi, il m’arrive encore de pousser très loin avant de m’accorder cette pause.
Heureusement, il y a parfois quelqu’un à côté de moi pour me rappeler à l’ordre.
Mon mari me demande alors :
« C’est quoi la priorité ? Ton travail ou toi ? »
Évidemment, la réponse est moi.
Même si je l’oublie parfois.
Même si je veux terminer encore ceci.
Faire encore cela.
Tenir encore un peu.
Cette simple question me ramène à moi.
Et lorsque je l’entends, j’écoute.
C’est aussi cela, nos ressources.

Quelqu’un qui nous connaît suffisamment pour voir que nous sommes en train d’aller trop loin.
Quelqu’un qui nous rappelle de nous arrêter lorsque nous ne savons plus le faire nous-même.
Et puis il y a les enfants.
Ils ont parfois cette merveilleuse capacité à nous ramener brusquement ailleurs.
À un rire.
À un câlin.
À quelque chose à partager.
À cet espace d’amour très simple dans lequel, pendant quelques instants, ce qui nous semblait occuper toute notre vie n’en occupe soudain plus la totalité.
Nous n’avons pas toujours à traverser seuls.
Lorsque tout semble s’effondrer, nous cherchons instinctivement quelque chose auquel nous raccrocher.
Pourtant, la première ressource n’est peut-être pas toujours celle qui nous aide à tenir davantage.
Elle peut être celle qui nous permet d’arrêter de retenir pendant quelque temps ce qui est déjà en train de tomber.
Dormir.
Pleurer.
Créer.
S’isoler quelques instants.
Se laisser aimer.
Revenir vers tout ce qui nous rappelle que la Vie existe encore autour de nous.
Et parfois ne rien faire du tout.
Il n’existe probablement pas une bonne manière de traverser ces moments intenses qui nous transforment profondément de l’intérieur.
Il existe ce qui, à cet instant précis, nous permet de conserver suffisamment de nous-même pour ne pas nous perdre entièrement dans ce que nous vivons.
Alors peut-être pouvons-nous arrêter de nous demander :
« Comment vais-je réussir à régler tout cela ? »
Et commencer simplement par :
« De quoi ai-je besoin maintenant pour retrouver un peu d’espace ? »
Puis nous accorder cet espace.
Sans culpabilité.
Sans devoir le mériter.
Sans attendre d’avoir terminé tout le reste.
Parce que nous sommes aussi une priorité.
Et parce qu’il existe parfois des traversées durant lesquelles nous n’avons pas besoin de remonter immédiatement.
Peut-être que la solution ne se présentera pas à vous, là, maintenant, à ce moment précis. Peut-être qu’il va falloir un peu plus de temps pour trouver enfin l’apaisement.
Mais l’important est d’avoir cet élan pour amorcer une pause, pour un retour à soi.
Nous avons simplement besoin de trouver, au fond de nous ou auprès de ceux qui nous aiment, le point d’appui qui nous permettra de remonter lorsque nous serons prêts.
Et parfois, au milieu même de ce qui semble se déconstruire, créer quelque chose nous rappelle une chose essentielle : nous sommes encore capables de créer de nouvelles choses.
Parfois, la renaissance naît au cœur même du chaos.
Laissez-vous le temps et prenez du temps pour vous et vivez pleinement ce que nous traversons tous actuellement.
Nous ne sommes pas égaux dans la façon de vivre et de ressentir les choses, c’est pourquoi nous devons prendre le temps de trouver nos propres outils pour traverser cette période de déconstruction et de renaissance.
Avec toute ma bienveillance et mon amour
Matéana
Ce texte fait partie des enseignements d’Ooniaterra et demeure la création de Matéana pour Ooniaterra.
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